Carnet #7 – Clairière

Je fuis désormais les villes. Pour l’heure, les forêts m’offrent d’autres leçons. Chaque cri dans les branches, chaque craquement est une présence. Le réel fait-il sens en lui-même? Certes, l’empreinte ne me parle pas. Mais le monde se présente avec une certaine texture, un maillage de structures de renvoi, qui invitent certaines attitudes, permettent telle ou telle prise. Les feuilles crissent sous mes pas fatigués.

Au crépuscule, il y a des traces de sanglier sur le sentier. L’automne, le jour finit tôt. Il faut trouver un abri avant la nuit. Je heurte le réel, avec tout mon corps, je le rencontre, dans son hostilité. Le contact n’est ni expérience pure, ni contemplation passive. Le danger existe. Ainsi le monde n’est pas la totalité des choses en soi, mais un ensemble dynamique de relations. Le rapport du cormoran à l’écume et au ciel, de la fougère au sol, est réel – tout comme le sont mes pas sur ce chemin.

Au loin, j’aperçois les phares d’une voiture. Ce soir, j’ai de la chance : Jonas me prête une tente et m’indique un pré où la planter. La lune est pleine, je plante les sardines à sa lumière. Le vent agite la toile. Cette nuit, j’aurai un peu moins froid. Il y a dans ce geste simple plus de politique que dans les promesses d’un maire ou d’un chef d’entreprise. Une forme de vérité du lien, dans la résonance des corps. Par la tente entrouverte, je regarde les haies noires, l’herbe blanche sous la lune.

R. P.

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