Carnet #6 – Retour à la ville

Plus j’approche des villes, moins on répond à mon salut. Le regard se détourne. Il faut croire que la concentration de richesses et de misères apprend à ne plus percevoir l’autre. L’épreuve de cette violence me rappelle qu’il est vain de rêver une existence réellement digne dans une réalité profondément injuste. La plus grande part de nos activités nous échappe. La chance du marcheur, c’est ce temps repris.

La question de l’organisation des forces et désirs ne peut être posée abstraitement : elle rencontre une limite dans le labyrinthe économie, ses colonnes de chiffres. Ainsi, l’autonomie n’a guère de sens si sa condition est un aveuglement délibéré aux formes de pouvoir : c’est en luttant que s’accroît notre puissance d’agir, et partant, notre capacité à décider réellement de nos vies. Vivant, le cormoran dans les bourrasques. Vivant, le pin à la pointe.

La question éthique ouvre sur la question sociale. Sans doute, le marcheur n’est pas le mieux placé pour la construire. Mais il ne peut l’ignorer. Même le tracé du sentier donne à lire à sa façon une certaine distribution des rapports entre l’être humain et son milieu, entre privé et commun. Quelles formes de pouvoir ont joué pour que tel lopin soit entouré de clôtures, et que le chemin soudain doive faire un détour par les terres? Pour ouvrir des voies libres, il faudra entreprendre cette géographie des pouvoirs, apprendre à jouer des lacunes du cadastre. Y a-t-il encore dans les villes de tels espaces de résistance effective, ou sommes-nous seulement attirés par les grands pôles de l’organisation qui nous broie?

R. P.

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