Carnet d’été – Pré-langage et phénomène

Je me suis levée et j’ai regardé l’heure sur mon portable. J’avais un message de Raphaël pour la présentation de l’atelier sur le langage. Je travaillais sur le sujet depuis six mois, mais mon état mental et physique était si désorganisé (ces derniers temps ? Depuis toujours ?) que si je ne regardais pas mes notes, je n’avais aucune idée de quoi que ce soit, aucun concept ne parvenait à ma voix. Je n’avais pas de voix non plus, j’étais sortie la nuit précédente et l’air sec et froid de Patagonie était entré dans mes poumons. Je repoussais la préparation en me faisant un mate.

Cette école d’été, j’ai dû la vivre de loin, et, dans cette distance, j’ai ressenti une grande absence. Le Zoom, au lieu de me rapprocher des autres, m’a redonné le sentiment de ne pas être là, et quelque chose de cela m’a redonné le sentiment de quelque chose accroché sur mon dos. Je ne peux pas être partout, parce que j’ai ce corps, à la fois limite et possibilité de vie. Mais après autant d’années de vie fractionnée, j’ai l’impression que mon corps est toujours à la mauvaise place et que la chose la plus constante qu’il possède est son caractère d’image dans les Zooms des autres, dans une sorte de fausse présence.

Le mot, le langage, l’expression verbale, etc., ce n’est pas un sujet facile. En fait, la phénoménologie du langage est très peu développée. Et puis, les gens ne comprennent pas pourquoi, en tant que danseuse, je m’intéresse à ce sujet. Je m’y intéresse depuis l’un de mes premiers cours de butô. À cette époque, Rhea Volij, la Rhea Volij d’avant, celle des cours dans la salle noire, partait toujours de la consigne de courir suspendu au ciel, comme un morceau de viande chez le boucher accroché à une broche. Un de ces jours, alors que je ressentais vraiment le fil qui partait de ma tête vers le ciel, le visage déformé et les membres vacillant d’un côté à l’autre, j’ai eu une révélation : « C’est ça la vie, il n’y a rien d’autre qu’un fil qui nous fait bouger, nous croyons décider, mais nous ne pouvons que faire confiance ». L’intuition a été exprimée verbalement. Au milieu de la danse, de la course ou de l’obligation de courir (la Rhea d’avant était très impérative), l’idée est apparue comme une phrase, mais cette idée était plus que la phrase, et impossible à comprendre par elle, c’était plutôt un sentiment intérieur de « c’est ça », de justesse, d’un noyau. Mais pourquoi ce noyau est-il apparu dans les mots ?

V. C. (Photographie : Hilary Jackson)

Me levanté y miré la hora en el celular. Tenía un mensaje de Raphael para presentar en la sesión sobre lenguaje. Venía trabajando el tema hace seis meses, pero mi estado mental y corporal estaba tan desorganizado (¿últimamente?, ¿siempre?) que si no miraba mis notas no tenía idea de nada, no había concepto que llegara a mi voz. Tampoco tenía voz, había salido la noche anterior y el aire seco y frío de la Patagonia se me había metido por los pulmones. Dilataba la preparación haciéndome un mate. Esta école d´été me había tocado vivirla a la distancia, y, en esa distancia, sentía una gran ausencia. El Zoom más que acercarme a los otros, me devolvía el no estar y algo de eso me inquietaba la espalda. No se puede estar en todos lados, porque tengo este cuerpo, límite y posibilidad de la vida. Pero luego de tantos años de una vida partida, siento que mi cuerpo está siempre en el lugar equivocado y que lo más constante que tiene es su carácter de imagen en los Zooms de otra gente, en una especie de presencia falsa.

Y la palabra, el lenguaje, la expresión verbal, etc, no es un tema fácil. De hecho, la fenomenología del lenguaje está muy poco desarrollada. De hecho, la gente no entiende por qué como bailarina me interesa ese tema. Me interesa desde una de mis primeras clases de butoh. En aquella época, Rhea Volij, la Rhea Volij de antes, la de las clases en la sala negra, comenzaba siempre con la consigna de correr colgando del cielo, como un pedazo de carne en la carnicería colgando de un gancho. Uno de esos días, mientras sentía realmente el hilo de mi cabeza al cielo, mi rostro se deformaba y mis extremidades bamboleaban de un lado al otro, tuve una revelación: “es esto la vida, no hay nada más que un hilo que nos mueve y creemos que decidimos, pero solo podemos confiar”. El insight fue expresado verbalmente. En el medio que bailaba, que corría o me hacían correr (la Rhea de aquel momento era muy imperativa), la idea apareció como una frase, pero esa idea era más que la frase e imposible de entender por ella, más bien era una sensación interna de “esto es”, de justeza, de un núcleo. Pero, ¿por qué ese núcleo aparecía con palabras?

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