Carnet #10 – Intention

Les haies sont pleines d’oiseaux. J’entends le craquement des branches, le bruissement des ailes, des pépiements parfois. Plus loin, le sentier serpente à travers bois. Un pan de falaise s’est effondré. Je contourne par l’intérieur, parmi les buissons d’épine, les ajoncs jaunes encore. Je débouche sur une longue plage, blanchie par le soleil. Les vagues doucement en soulignent les contours. Quelques rares silhouettes s’y égarent, pour donner l’échelle.

Sur la plage à marée basse, je cherche des coquillages. Ou plutôt, j’en ai d’abord trouvé un, qui m’a donné envie d’autres. Le désir se porte à la rencontre du réel, qui, tout à la fois, lui répond, lui résiste, et le surprend. Chaque coquillage est différent, je glane aussi un oursin blanc, un petit crabe transparent. La perception fait plus que remplir une intention. Elle déborde du cahier de coloriage. Elle déborde du concept. Perché sur son rocher, un homme pêche. Je vois de loin le grand geste pour lancer la ligne. Ce bord de mer, ces dunes, ce sont parmi mes premiers souvenirs. La tente sous les pins, j’avais cinq ans. Mon petit frère n’était pas encore né. Sur la plage déserte, un vieil enfant joue avec son détecteur à métaux, il espère encore un trésor enfoui, quelque monnaies qui n’ont plus cours. Il est tard déjà, et l’étape est loin. J’ai l’impression d’entendre ma mère dire au petit garçon que j’étais : il est temps de rentrer.

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