Carnet #4 – Bourrasques

Dans la lande, lavé par la pluie, je retrouve cette liberté forte, exigente à la fois. Tout voyage véritable l’apprend : il n’est de joie sans courage. Entre marcheurs de grand vent, nous nous saluons d’un sourire. Partout où c’est possible, nous choisissons le sentier haut, car le sable accumulé dans les creux abîme les articulations. Nous écoutons les navigateurs, la raison est impuissante à barrer le souffle des peurs et désirs. Faisant jouer les affects, les uns vis-à-vis des autres, au contact rugueux du réel, nous pouvons cependant leur donner forme et équilibre. Nous autres prenons exemple sur les pins penchés aux pointes, sur les vivants qui savent plonger dans le courant.

Ça souffle. Au large, les vagues jaillissent en crinière. Sur le sentier, le corps est déporté. Si la philosophie apprend vraiment à vivre, elle ne peut rester à l’abri. Il faut sortir à la fin du refuge intérieur de la méditation, pour s’exposer au monde, à la clarté de ses surprises. Dans l’estuaire, à l’automne, un arbre est couvert de fleurs blanches, elles s’envolent : des mouettes. Certaines savent rester comme suspendues, j’admire leur habileté à jouer des bourrasques.

R. P.

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