Carnet #1 – Note en marge

Une promenade « anarchique »

Nous voulions faire une promenade. C’était les premiers jours de liberté après le deuxième confinement, donc il fallait une promenade, c’était une nécessité absolue. Il faisait encore froid, mais on ne pouvait pas se dire : « je marche jusqu’à là, après je rentre dans un café, je visite un musée,… ». Paris était juste un ensemble de lieux, la vie demeurait en pause. La promenade était alors un exercice de liberté totale, car il n’y avait rien à rejoindre, et comme toute liberté totale, elle nous a bloqués, elle nous a congelés. Que faire d’une liberté totale ? Le froid ne permettait pas de rester trop longtemps arrêtés, à moins de vouloir finir par congeler véritablement. Nous avons alors choisi de commencer à marcher dans une direction choisie au hasard, et de la changer à chaque fois que quelqu’un le souhaitait.

« Promenade anarchique » je l’ai tout de suite appelée. Mais si maintenant je réfléchis à notre parcours, aux choix que chacun de nous a pris quand on croisait un carrefour, je ne peux que me demander : s’agissait-il réellement de liberté absolue ? C’était quoi à faire qu’à moment donné quelqu’un disait « à droite » ? Parfois c’était l’avoir vu des arbres, la vitrine d’un magasin, quelque chose d’écrit sur le mur… Parfois c’était tout simplement l’ennui pour le fait de marcher dans la même direction depuis trop longtemps. Une autre raison possible était de vouloir montrer quelque chose qu’on s’était souvenu être là et qui pouvait plaire à quelqu’un du groupe, ou qui était lié à ce dont on était en train de parler.

Mais alors, est-ce que cette promenade était véritablement anarchique ? Je viens de mentionner pas mal de raisons qui justifient nos choix. Et néanmoins je croix qu’elle demeure un exercice de liberté, de la seule liberté que nous connaissons, la liberté de répondre créativement à notre environnement, à notre corps, aux autres, et de le faire en suivant les désirs, les souhaits, les envies que ces dimensions engendrent en nous et nous motivent à agir. Je dirais même que nous sommes ces désirs, ces souhaits, ces envies. C’est cela pour moi le chemin du dehors : voir que notre dedans est habité par le dehors, en sachant que le dehors et également habité par notre dedans. Chacun du groupe se bougeait avec les autres, avait un peu d’eux en lui, comme il avait en lui ses promenades précédentes par Paris, ses passions,… et c’est tout cela qui donne un sens à sa vie libre, qui ne se limite pas à l’exprimer, mais qui l’exprime comme sujet dans le monde et parmi les autres, dans une recherche de bonheur qui est toujours une recherche à plusieurs.

A. C.

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