Première personne. Portée et limites – Colloque

Présentation du colloque

“Je pense.” Que signifie ici parler en première personne ? Les implications ontologiques de ce fait grammatical ouvrent un ensemble de questions au carrefour de l’histoire de la philosophie moderne, de la phénoménologie, de la philosophie analytique et de l’herméneutique. La perspective en première personne est-elle fondamentale, ou, en quelque façon, construite ? L’usage linguistique du pronom « je » renvoie-t-il à une expérience pré-linguistique du point de vue de la première personne ?

Cette interrogation a une épaisseur historique dont un jalon décisif est la question de la possibilité de prendre l’ego pour fondement de la connaissance (Descartes, 1641). Cependant, même si le “je pense” doit pouvoir accompagner mes représentations, ce qu’on peut en déduire appelle une critique (Kant, 1781). La centralité de l’égologie se trouve ainsi constamment remise au travail. Elle a pu être ressaisie comme l’essence même de la connaissance, voire de la réalité (Fichte, 1794 ; Schelling, 1795).

A son tour, la volonté phénoménologique de revenir aux choses-mêmes peut être comprise comme revalorisation de l’expérience vécue (Husserl, 1901), qui place au centre la perception incarnée (Merleau-Ponty, 1945). D’un autre côté, ce motif du “retour aux choses-mêmes”, peut conduire à déplacer l’intérêt des étants à l’être (Heidegger, 1927), voire à “vider” la conscience de ce “moi” qui serait la base de toute conscience (Sartre, 1934). Selon une version plus mesurée peut-être, Ricoeur a pu suggérer de se situer à “égale distance de l’apologie du cogito et de sa destitution” (Ricoeur, 1990) : comment se placer à la hauteur de ces exigences apparemment contraires?

Il demeure en outre une question sur le caractère privé de l’expérience en première personne, et la possibilité de la communication des expériences. Un ensemble de doutes entoure ainsi la possibilité pour une expérience privée d’intervenir dans un échange public, et a fortiori de fonder la valeur de certitude d’un système de connaissances (Wittgenstein, 1953). Ce à quoi la première personne fait référence est également problématique. Le double usage du pronom “je” engage la question de l’immunité aux erreurs d’identification (Shoemaker, 1968 ; Anscombe, 1975).

Dans une autre perspective, l’importance des phénomènes qui échappent à la conscience et la déterminent, analysables uniquement d’un point de vue en troisième personne, a porté à critiquer l’effectivité et la centralité du point de vue en première personne (Foucault, 1966 ; Deleuze, 1969). Finalement, si ce sont les autres personnes qui en sont la condition et lui donnent sa pleine signification, la première personne n’est-elle jamais que seconde ?

La prise en compte de ces différentes interrogations nous permettra d’explorer des points d’intersections entre divers domaines tels que l’ontologie, l’épistémologie, mais aussi l’éthique, voire la politique. Ce sera également l’occasion d’interroger la constitution historique de ce concept et la manière dont il est susceptible d’éclairer des questions contemporaines.

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